Hiver Nomade

Carole et Pascal partent pour leur transhumance hivernale avec trois ânes, quatre chiens, et huit cents moutons. Pour la nuit, une bâche et des peaux de bête comme seul abri. Un film d’aventure, au cœur d’un territoire en mutation.

Bande-annonce

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Synopsis

Pascal, 53 ans, et Carole, 28 ans, sont bergers. En ce mois de novembre 2010, ils s’apprêtent à entamer leur longue transhumance hivernale: quatre mois pour parcourir 600 km en terre romande, en compagnie de trois ânes, quatre chiens et huit cents moutons.

Commence alors une aventure hors du commun: bravant le froid et les intempéries, de jour comme de nuit, avec pour seul abri une bâche et des peaux de bête, cette saga quotidienne sans cesse improvisée révèle un métier rude et exigeant, qui demande une attention de chaque instant à la nature, aux animaux, au cosmos. Une odyssée dans un territoire en pleine transformation qui rend ce type de pérégrination chaque année plus difficile, surtout quand il faut d énicher l'herbe nécessaire entre villas, voies ferrées et zones industrielles. Un voyage fait de péripéties quotidiennes, de rencontres surprenantes, de retrouvailles émouvantes avec les amis paysans, figures nostalgiques d’une ruralité qui se réduit comme peau de chagrin.

Un film dominé par les fortes personnalités de Pascal et Carole, dont la relation et la joie de vivre transforment cette transhumance en un formidable hymne à la liberté, aux antipodes de nos réalités confortables.

HIVER NOMADE est un film d’aventure, un road-movie contemporain, un reflet du monde actuel qui nous renvoie à nos racines et à nos interrogations.

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Hiver Nomade

Carole, la bergère

Carole Noblanc, 28 ans, Bretonne d’origine, a grandi à Quimper où elle a travaillé comme diététicienne... jusqu'au jour de sa rencontre avec Pascal, il y a 6 ans, au cours d'une randonnée dans les Alpes suisses. Elle est la seule femme en Suisse, et peut-être en Europe, à vivre la transhumance hivernale. Elle le sait et en tire une légitime fierté. Cette jeune femme de caractère, bien dans ses baskets, qui empoigne la vie avec énergie, a en effet décidé d’apprendre un métier qui se situe aux antipodes de la culture urbaine dans laquelle elle a vécu: commander les chiens, bâter les ânes, installer le bivouac, soigner les moutons. Un choix difficile à vivre, loin du confort sédentaire, qu’elle assume avec panache.

Carole Noblanc

Dans quelles circonstances la diététicienne bretonne que vous êtes a-t-elle été amenée à s’initier à la conduite d’un troupeau de huit cents moutons dans les campagnes suisses?

J’ai toujours voulu quitter ma Bretagne natale, où je vivais en plein centre de Quimper, au milieu des voitures et des cinémas, mais je ne voulais pas partir sans avoir de but. Etant donné que j’aime la montagne depuis longtemps, j’y suis souvent allée, et c’est au cours de vacances en Suisse que j’ai rencontré Pascal, qui était berger dans un alpage. Il m’a proposé du travail et j’ai fait un essai concluant de deux semaines, si bien que j’ai décidé de tout lâcher en Bretagne. Un mois plus tard, je m’installais en Suisse. A l’alpage, j’ai commencé par faire des crêpes, évidemment bretonnes, et j’ai découvert la transhumance l’hiver.

Combien de transhumances avez-vous suivies?

La première année, je n’imaginais pas un instant passer tout l’hiver dehors! J’ai donc trouvé un emploi dans un bistrot, toujours pour faire des crêpes, mais je rendais souvent visite à Pascal. Je me suis rapidement aperçue que je préférais nettement la transhumance aux crêpes! L’année suivante, je l’ai suivie plus régulièrement. En tout, j’y ai pris part pendant six ans, dont deux en entier.

Quels sont les aspects du métier de bergère les plus difficiles à maîtriser?

Il faut être constamment attentif à ce qui se passe. C’est aussi très difficile de donner des ordres aux chiens. Je crois que je n’ai pas la voix assez forte pour m’imposer et que les sons aigus sont moins audibles pour les chiens. Avec Titus, que je connais depuis tout petit, ça fonctionnait, mais pas avec les autres. Il faut vraiment avoir ses propres chiens. Trouver de la bonne herbe pour les moutons est aussi très complexe. Il faut aller en repérage quand les moutons ruminent, vers midi, et éviter les prairies qui ont été souillées par du purin et qui deviennent impropres pour les bêtes. Le pire, ce sont les voies de chemin de fer. Je m e suis retrouvée un jour avec le troupeau coupé en deux par le passage d’un train. Par chance, aucun mouton n’a été tué.

Hiver Nomade

Dans le film, on vous voit souvent devant le troupeau en train de donner du pain sec aux moutons. Pourquoi?

Ce sont des guides, c’est-à-dire cinq à six moutons que l’on garde d’année en année pour prendre la tête du troupeau. On leur donne un nom – Irmate, Tabasco, Marilyn – , on leur met une cloche et on les gâte au pain sec et au chocolat; ils font partie de la famille comme les ânes et les chiens. En entendant le tintement, les autres moutons font ce qu’ils ont toujours fait: ils suivent!

On entend souvent dire que la vie dans la transhumance est très dure pour une femme. Davantage que pour un homme?

Le problème, c’est la force physique, mais certaines femmes sont aussi robustes que des hommes. Je n’arrive pas par exemple à tirer les cordes pour le campement. Je ne peux pas non plus serrer les sangles qui maintiennent le chargement des ânes. Il faut aussi accepter de prendre une seule douche par semaine, mais ces conditions d’hygiène peuvent autant incommoder un homme qu’une femme.

Comment expliquez-vous la fascination qu’exerce la transhumance sur la population?

Les gens sont surpris de constater que la transhumance perdure toujours et qu’il soit possible de se passer du confort moderne. Je crois surtout que c’est le choix de vivre en dehors de la société, au rythme de la nature, et d’échapper au cercle vicieux «travailler pour payer» qui les fait rêver.

Appréciez-vous que la transhumance attire autant de visiteurs?

Pas toujours! Après avoir passé toute la journée dans le froid, j’avais parfois juste envie d’être tranquille; il m’était alors difficile de discuter autour du feu avec des gens qui venaient partager notre repas et repartaient ensuite pour dormir au chaud.

Avez-vous été confrontée à l’hostilité des agriculteurs?

Certains sont très contents de nous voir arriver et tout se passe très bien, mais d’autres partent du principe qu’ils sont chez eux et ne supportent pas que les moutons mangent leur herbe. J’avais parfois l’impression qu’ils enviaient de nous voir passer notre chemin avec nos bêtes.

Comment percevez-vous la vie sédentaire pendant la transhumance?

Pendant la transhumance, j’apprécie l’esprit de liberté et la vie sédentaire me paraît limitée.

Quelles réflexions vous inspirent le bétonnage du territoire et la réduction des terres agricoles et fourragères?

Heureusement qu’il y a les montagnes, car la place de la nature en plaine diminue de plus en plus.

Transhumance

Appréciez-vous les vêtements de laine traditionnels des bergers bergamasques?

Devant le feu, il faut porter de la laine, car les escarbilles trouent les vêtements synthétiques. Dans la forêt, les habits sont soumis à rude épreuve et seule la laine résiste vraiment. Nous portons aussi des capes qui nous protègent très bien du froid.

A Noël, on vous voit déguster des huîtres et de la bûche. Aviez-vous la nostalgie de la mer?

Non, mais de sa saveur! C’est pourquoi, pour me faire plaisir, on m’apporte des huîtres.

Dans HIVER NOMADE, on vous voit toujours avec un livre à portée de main. Que lisiez-vous?

La trilogie Le goût du bonheur (Gabrielle, Adélaïde, Florent) de Marie Laberge, Cantique de l'apocalypse joyeuse d’Arto Paasilinna ou encore Un été prodigue de Barbara Kingsolver.

Qu’avez-vous le plus apprécié dans la vie nomade?

J’ai adoré être dans la nature avec les moutons, les ânes et les chiens et me réveiller le matin en pleine forêt dans des paysages toujours différents. C’est un grand privilège d’avoir pu vivre pendant quelques années dans ce décors

A part l’afflux de visiteurs, qu’est-ce qui vous a le moins plu?

J’avais très peur des tempêtes dans la forêt, avec le risque permanent qu’une branche ou un arbre me tombe sur la tête.

Avez-vous accepté sans hésiter d’être filmée par l’équipe de tournage de HIVER NOMADE?

Quand Manuel von Stürler a parlé de son projet, jamais nous n’avons imaginé que ça prendrait une telle ampleur! Le tournage s’est bien passé, dans un climat de confiance, de bonne entente et j’ai beaucoup apprécié les bons repas qu’ils nous concoctaient. Ce fut un vrai plaisir.

Cette année, vous avez décidé de ne pas suivre la transhumance. Avez-vous d’autres projets?

J’ai éprouvé le besoin de retrouver un peu de solitude après le trop-plein de sociabilité des années de transhumance et d’alpage. Je pense évidemment souvent à cette magnifique aventure, mais j’ai d’autres projets dans l’immédiat: voyager et fabriquer du savon pour le vendre sur le marché.

Pascal, le berger

Né en Corrèze de parents industriels, Pascal Eguisier, 54 ans , a grandi à la campagne. Il découvre le monde de l’élevage par ses copains d'école et donne volontiers des coups de mains à l'écurie, où il apprend à s'occuper des bêtes. Après avoir passé un été dans les Pyrénées comme aide berger, il part l'année suivante en Suisse pour une estive avec 350 moutons. Il fait alors une rencontre décisive, celle du berger Louis Gabbud qui en est à sa cinquante-sixième transhumance hivernale. Fasciné par sa personnalité et son mode de vie, il s'engage comme aide auprès de bergers bergamasques (nord de l'Italie), et se forme durant trois ans à ce qui deviendra son métier et sa raison de vivre. Il s’installe ensuite en Suisse où il pratique depuis trente-trois ans la transhumance des moutons durant l’hiver.

Pascal Eguiser

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En vous découvrant, dans HIVER NOMADE, conduire de main de maître huit cents moutons, vous sembliez être prédestiné à devenir berger. Est-ce le cas?

Je suis issu d’une famille d’industriels et ma mère était professeur de latin et de grec, mais bien sûr qu’avec mon prénom, Pascal, je devais être prédestiné... Comment cela m’a-t-il pris? Moi-même je suis encore le premier étonné. Je dois avoir un amour inné pour la terre, et surtout pour les animaux. Je viens du Limousin, en France, une région à forte densité bovine, et j’aurais pu choisir la vache, mais je me suis finalement consacré au mouton. Tout jeune déjà, j’allais aider un copain qui faisait du veau sous la mère pour les foins ou le nettoyage des étables dès que j’avais un moment de libre.

Depuis quand êtes-vous berger?

J’ai fait une saison d’été dans les Pyrénées et je travaille en Suisse depuis trente-trois ans. J’ai d’abord gardé le troupeau d’une clinique de Montreux qui élève des moutons à la montagne pour les cures de celulothérapie prisées par les «grands» de ce monde!.

A propos de la profession de berger, faut-il parler de métier ou de vocation?

Pour vivre avec un troupeau pendant quatre mois, 24 heures sur 24, on peut carrément parler de sacerdoce! C’est comparable au lien qui unit le moine à son monastère.

A quoi pense-t-on la nuit dans la forêt, seul avec les moutons?

Je ne sais pas s’il est toujours bon de penser, mais il est sûr qu’il y a communion avec tous les éléments, le ciel, le vent, la neige, la pluie... J’ éprouve alors la sensation d’être un fils de la terre.

Quels sont les aspects de la transhumance que vous appréciez le moins?

J’aime tout dans la transhumance, mais un peu moins la pluie et la tempête. Le troupeau en souffre et moi aussi, surtout pour dormir. Il n’y a rien de plus désagréable pour le corps que les changements de climat et l’humidité qui pénètre partout. Je préfère l’hiver froid et la neige, pour autant qu’elle n’empêche pas les moutons de se nourrir. C’est pourquoi je caresse depuis longtemps le rêve de partir chez les Nénètses de Sibérie, au-delà du cercle arctique, pour suivre une transhumance de rênes. Le froid sec ne me dérange pas du tout, même à moins 40°. Dans le sud de la Sibérie, j’ai déjà rencontré des gardiens de rênes; là-bas, les grands espaces et l’authenticité de l’environnement sont propices à une autre quête qu'ici.

Après combien d’années de pratique devient-on le «chef d’orchestre» expérimenté d’un troupeau?

Pour trouver un équilibre et ne pas céder au stress, il faut pas mal d’années d’expérience. Quand on est berger en second, il n’y a qu’à suivre le mouvement, mais lorsqu’il faut prendre soi-même les commandes, c’est une autre affaire. Au début, on panique parce qu’on ne sait pas comment diriger un troupeau; il y a des décisions à prendre et si elles s’avèrent mauvaises, je ne pense pas que mon employeur sera satisfait de mes services.

Carole, votre seconde dans HIVER NOMADE, apprend encore le métier. S’en sort-elle bien?

Carole, qui est ma compagne, s’est montrée très courageuse. Je lui tire ma révérence et j’ai beaucoup d’éloges à lui adresser. Partager la vie de l’ours bourru, volcanique et explosif que je suis n’est pas facile! Heureusement, elle a aussi du caractère, mais elle a parfois dû accepter mes sautes d’humeur en rapport avec la marche du troupeau.

Carole et Pascal

Comment expliquez-vous la fascination qu’exerce la transhumance sur la population?

La curiosité des gens pour la transhumance peut parfois nous donner l’impression d’être relégués dans un musée!... Cette attirance est pourtant compréhensible; voir un troupeau de moutons ravive la fibre terrienne chez certains et évoque un thème biblique pour les croyants. Sans doute cette vision les renvoie-t-elle à leur aspiration à une vie plus authentique et fondamentale, mais peuvent-ils renoncer à la sécurité matérielle et à la superficialité? J’ai fait ce choix de liberté, je suis léger, je ne possède rien et je n’ai pas de banquier sur le dos. Ma plus grande richesse est de vivre dans la nature et de me réveiller le matin en contemplant le ciel et la lune. C’est un magnifique palace auquel même les rois n’ont pas droit!

Combien de curieux et de passionnés vous abordent-ils en moyenne chaque jour?

S’il pleut, s’il y a du brouillard ou s’il fait froid, il n’y a personne. Finalement, les courageux ne sont pas si nombreux...

Vous est-il arrivé d’être chassé par des agriculteurs hostiles à la transhumance?

Oui! Cela est très rare car nous ne faisons que passer, mais la majorité des agriculteurs sont contents de nous voir revenir année après année, et certains sont devenus des connaissances.

Transhumance

Le bétonnage des terres agricoles et fourragères vous heurte-t-il?

Oui, mais c’est le propre de toute société d’évoluer. Heureusement, les nouvelles villas sont concentrées autour des villages et non pas éparpillées dans la campagne. C’est déjà un bon point. Par contre, le bétonnage des chemins agricoles est-il vraiment une nécessité? Je me pose la question.

Vous avez adopté la tradition des bergers bergamasques – vêtements de laine, grands chapeaux, voyage avec des ânes – alors que vous pourriez vous déplacer en 4x4 et porter des vêtements synthétiques. Pourquoi ce choix?

J’ai eu la chance extraordinaire d’apprendre des Bergamasques – qui ont une expérience et un savoir-faire ancestraux – comment se vêtir avec de la laine. La matière vivante provenant du mouton est parfaitement adaptée à la vie de berger, mais il est toujours plus difficile d’en trouver.

Les ânes et les chiens vous appartiennent-ils?

Le patron me fournit les ânes, mais je viens avec mes chiens et mon paquetage. Les chiens m’accompagnent toute l’année, car sans eux, il m’est impossible de conduire le troupeau.

Quel est le salaire d’un berger pour une transhumance?

Pour un berger passionné qui vit dans des conditions pas toujours évidentes, l’argent n’est pas déterminant!

Que faites-vous pendant les huit mois qui séparent deux transhumances?

Je m’occupe de bétail dans un alpage et je voyage.

Avez-vous hésité à accueillir sur la transhumance une équipe de tournage?

J’ai accepté d’être filmé parce que Manuel von Stürler est un bon copain, mais surtout pour mes enfants, qui ont 23, 19 et 8 ans, et que je vois peu. Par images interposées, ils pourront ainsi connaître leur père. C’est une forme de transmission.

Qu’attendez-vous de la sortie de HIVER NOMADE?

Que le film contribue à ce que la société reconnaisse les bergers transhumants qui ont perpétué au fil du temps un des plus ancien métier du monde. Peut-être aussi qu’il me permettre de nouer des contacts en Sibérie poursuivre une transhumance de rênes!

Mouton

Manuel Von Stürler, le réalisateur

Né à Lausanne en 1968, de nationalité suisse et française. Après avoir étudié le trombone et la composition Conservatoire de musique neuchâtelois et à l’Ecole de jazz et musiques actuelles de Lausanne, Manuel von Stürler se produit sur scène au sein de formations acoustiques et électriques, sans opposer la musique improvisée et écrite. Il colla bore avec des artistes tels que Philippe Lang Group, Malcolm Braff, Léon Francioli, Stéphane Blok. Il compose plusieurs musiques pour l’art scénique et fonde la compagnie DUO MATò avec Arthur Besson, plaçant la musique au centre de la narration et du proc essus artistique théâtral. Une démarche originale qui séduit des metteurs en scène tels que Dominique Bourquin, Denis Maillefer et Fabrice Gorgerat. L’exploration de la création passe aussi par la découverte du monde, qu’il parcourt avec sa compagne et ses deux enfants, totalisant deux ans de nomadisme, au Moyen-Orient, en Perse, en Europe de l’Est, en Islande, en Bolivie, au Chili et en Patagonie. C’est l’occasion de redécouvrir son vieil amour pour l’image et de réaliser plusieurs films personnels suivis d’un film de commande, pour la société Securitas. En 2008, il se lance dans l’aventure d’HIVER NOMADE, un documentaire cinéma présenté en première mondiale à la 62 ème Berlinale 2012 (Forum).

Manuel Von Sturler

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Avant de réaliser HIVER NOMADE, votre premier film, vous avez été musicien et compositeur pour la scène et le théâtre. Pourquoi et comment vous êtes-vous orienté vers le cinéma?

Vers l’âge de 20 ans, après avoir suivi des études de musique, j’ai été confronté au dilemme de choisir entre cette première passion et celle que je me découvrais pour la photographie et le cinéma. J’ai finalement opté pour la voie musicale, tout en continuant à pratiquer la photo et la vidéo en amateur. Ma rencontre avec la transhumance m’a insufflé un nouvel élan et déclenché le désir impérieux de me consacrer à un autre domaine de création.

Si le nomadisme des Roms est souvent traité au cinéma, celui des bergers qui perpétuent la tradition millénaire de la transhumance l’est beaucoup moins. Comment ce sujet s’est-il imposé à vous?

Au retour d’un long voyage à l’autre bout de la planète avec ma famille, j’ai appris qu’un important troupeau de moutons avait passé devant ma maison, située pourtant en périphérie d’une concentration urbaine. L’hiver suivant, j’étais à l’affût. Je l’ai cherché et l’ai trouvé près d’une petite ville voisine. J'éprouvais alors, chez moi, les mêmes sensations que j’avais ressenties en voyage. Avec les bergers, je redécouvrais mon territoire et posais un autre regard sur les quartiers de villas qui empiètent sur la campagne. Ce fut une incroyable rencontre: tout d’abord avec le spectacle inouï du flot des moutons, mais surtout avec les bergers, Pascal et Carole. L’aventure de la transhumance m’a passionné, elle m’a ouvert les yeux sur la mutation du paysage et la «los-angelisation» du Plateau suisse. L’idée d’en faire un film s’est immédiatement imposée.

Vestige d’un autre temps, la transhumance est-elle bien perçue dans les campagnes?

Le symbole biblique du berger, tout comme le retour à la nature et l’image d’Epinal que représente la transhumance, exercent un pouvoir de fascination stupéfiant. Partout où ils passent, les moutonniers attisent la curiosité et la sympathie. Ils sont d’ailleurs tellement sollicités qu’il leur arrive de se cacher à l’abri d’une clairière pour ne pas être dérangés! Les bergers et le troupeau ne sont cependant pas toujours les bienvenus: sur la défensive pour toutes sortes de raisons, certains agriculteurs craignent pour leurs cultures et leur interdisent l’accès à leur domaine. La transhumance est réglementée par les autorités qui attribuent des zones aux propriétaires de troupeaux, mais rien n’oblige les paysans à accepter les moutons sur leurs terres.

Comment les bergers vous ont-ils accueilli?

Nous nous sommes tout de suite appréciés. Avec sa finesse de regard sous des dehors bourrus, Pascal m’a tout de suite charmé. Carole aussi. Ils ont le goût de la beauté et du «pur», sans jeep ni vêtements synthétiques aux couleurs criardes, et ont opté pour les ânes et les magnifiques tenues traditionnelles des bergers bergamasques. J’ai très vite été embarqué par leur aventure. J’avais envie d’y retourner le lendemain, et le surlendemain.

Hiver Nomade

Avez-vous facilement convaincu Pascal et Carole de participer au tournage?

Au début, ils étaient sur leurs gardes. Il faut dire qu’ils sont abondamment photographiés et qu’il y a eu plusieurs vidéos amateurs sur eux. Quand ils ont compris que mon projet était plus ambitieux et que j’étais déterminé, ils m’ont pris au sérieux. Pendant le développement du projet, qui a duré près de deux ans, j’ai participé à une transhumance complète – le temps nécessaire pour enraciner la confiance mutuelle.

Vous mettez en valeur le savoir-faire des moutonniers, leur aptitude à guider le troupeau vers les pâtures «autorisées» et à veiller à la santé des bêtes. Leur maîtrise vous a-t-elle impressionné?

C’est un métier très exigeant et j’avais envie de restituer sa complexité, sa réalité haletante, le mouvement du troupeau. Les bergers sont sans cesse sur le qui-vive et les moments de répit sont rares. Guider un troupeau de huit cents bêtes sur un chemin de trois mètres de largeur bordé de champs ensemencés qu’aucun mouton ne doit fouler n’est vraiment pas à la portée du premier venu. Il faut un doigté de chef d’orchestre!

La lecture est la seule distraction des bergers. Que lisent-ils à la lueur de leur lampe frontale?

Carole a toujours un livre dans sa poche qu’elle ouvre à chaque moment de répit. Elle lisait par exemple Cantique de l'apocalypse joyeuse d’Arto Paasilinna.

Quelle distance les bergers et leurs bêtes ont-ils parcouru durant les quatre mois de transhumance?

Environ 600 km, soit une moyenne de 5 km par jour.

Les bergers voyagent avec trois ânes, huit cents moutons, quatre chiens et dorment en permanence à la lisière des bois, dans le froid de l’hiver. Comment l’équipe de tournage s’est-­elle adaptée à ces conditions de vie particulièrement difficiles?

L’équipe a été composée en fonction des objectifs que je m’étais fixés et des conditions particulières de la transhumance. Le chef opérateur, Camille Cottagnoud, est un habitué des tournages en montagne et la prise de son était assurée par mon frère, Marc von Stürler, également aguerri. Il a évidemment fallu s’ adapter au rythme de la transhumance, et non l’inverse.

La bande sonore du film laisse peu de place à la musique. Pour quelle raison avez-vous choisi de privilégier le son direct?

Je tenais à mettre en valeur la matière sonore magnifique de la transhumance et envisageais de renoncer à toute musique. Finalement, j’ai quand même ressenti la nécessité d’en inclure pour ponctuer le film de respirations, marquer la temporalité et prendre un peu de distance.

Bien que compositeur, vous avez confié l’écriture de la musique à Olivia Pedroli. Pourquoi ne l’avez-vous pas créée vous-même?

Le travail de réalisation est très exigeant et je n’avais pas la disponibilité pour me consacrer à la composition musicale. Je trouvais par ailleurs intéressant que la narration soit n ourrie par l’apport d’un autre regard et d’autres oreilles.

Pour la conception du film, vous avez collaboré avec Claude Muret, qui a épaulé nombre de réalisateurs suisses. Sa contribution a-t-elle été fructueuse?

Bien qu’engagé dans différents processus créatifs depuis plus de vingt ans, j’ai vite compris que j’avais besoin de l’expérience d’un «vieux sage» à mes côtés. A cet égard, Claude Muret a joué un rôle déterminant. Il a été très présent à chaque étape du processus.

Votre inexpérience dans le cinéma a-t-elle été un handicap pour trouver un producteur?

Avant d’approcher des producteurs, j’avais beaucoup travaillé et déjà réuni une équipe solide autour du projet. Je n’arrivais donc pas les mains vides! Heinz Dill et Elisabeth Garbar ont tout de suite été enthousiastes. Ils ont aussi été les premiers à en mesurer le potentiel cinématographique et à me faire confiance.

Après cette première réalisation réussie, avez-vous d’autres projets de films?

Oui, j’ai plusieurs projets de documentaires en route, mais il est essentiel de ressentir la «juste» vibration qui permet de porter un projet avec conviction à long terme.

En savoir plus

Le site du film www.hivernomade.ch

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Affiche Hiver Nomade

Mots-clés: film documentaire, agriculture, mouton, hiver nomade, berger

 

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